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Fender et le standby

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Fender® – Pro Amp 5C5 – 1953

Essayons de comprendre pourquoi, Léo Fender, à partir de 1953 et la sortie de sa série d’ampli « Wide Panel », décide d’implanter un standby dans ses appareils.

Aucun besoin de revenir sur le pourquoi du comment, il suffit de relire l’article « Le Mythe du Standby » pour comprendre quel est le rôle de cet interrupteur mystique. Nous allons donc décortiquer quelques schémas de chez Fender® et s’appuyer sur des ouvrages de référence pour lever le doute !

Les premiers amplis Fender® sortent à la fin des années 40, à cet époque ces amplis sont les premiers réellement crées spécifiquement pour des instruments, comme la guitare et la basse. Il existe beaucoup d’autres petits modèles comme Supro®, National Dobro, Epiphone® & co, qui permettent d’amplifier en général des « lap-steel » à l’époque très à la mode. Mais Fender® va se démarquer, en effet en terme de puissance et de réglages, les amplis de Léo sont le top du top ! Jusqu’à la sortie des amplis « Wide Panel », aucun autre modèle n’est équipé d’un standby, que ce soit le « Professional® » (1946-1947),le « Dual Professional® » (1947) ou le « Bassman® » (1952-1953).

En étudiant les schémas, on peut s’apercevoir qu’à partir de 1953, toute la série des amplis qui fonctionne avec un push-pull de 6L6G se retrouvent équipés d’un standby.

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Sur ce schéma, on peut s’apercevoir que le standby est ici placé de manière à couper la haute tension au niveau de l’enroulement de haute tension du transformateur d’alimentation. La double diode 5U4G ne reçoit donc pas de haute tension alternative sur ses anodes, aucun haute tension continue n’est donc disponible.

Il est à noter que c’est un très mauvais design de standby, en effet le tube 5U4G chauffe grâce à son filament alimenté en 5V alternatif, basculer l’interrupteur de standby risque de faire tout sauter dans le tube ! En effet la cathode étant bien chaude, appliquer la haute tension dans ses condition risque de détruire le tube redresseur, c’est d’ailleurs un mal bien connu des possesseurs de ce type d’ampli.

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Détail de l’alimentation du Fender® 5D4

Enfin, on peut voir que les condensateurs de filtrage de l’alimentation (en rouge) sont des 16µF avec une tension de service de 450V continus. On pourrait se dire que le standby est là pour éviter que la haute tension ne dépasse ces 450VDC, ce qui peut effectivement arriver tant que les autres lampes (6L6G, 12AX7 et 12AY7) ne débitent pas de courant. Pour que ces lampes débitent du courant, il faut que celles-ci atteignent leur température de fonctionnement. Pas de soucis donc, la haute tension est dépendante du tube redresseur 5U4G, il faut donc attendre quelques secondes, le temps que cette lampe atteigne sa température de fonctionnement, avant d’obtenir une haute tension. Les autres tubes ont donc le temps de chauffer également ! Il est bon de noter que les tubes à cathode chauffée directement (5Y3GT, 5U4G…) atteignent plus rapidement leur point de fonctionnement que les lampes à cathode chauffée indirectement (5AR4/GZ34, 5Y3GB, GZ32…).

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Sur ce « Bassman® », le standby est maintenant placé directement sur le circuit de haute tension continue, encore un très mauvais choix, les interrupteurs fonctionnent particulièrement mal avec du continu, ils se dégradent très vite, les contacts « charbonnent » rapidement (dépôt de carbone dû à des arcs électriques). Mais ne nous arrêtons pas en si bon chemin ! Le premier condensateur de filtrage qui est un 16µF 450V, va « pomper » d’un coup d’un seul, dès que l’on va établir le contact avec le standby, ce qui risque clairement de faire mourir les deux tubes redresseurs 5U4GA.

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Détail de l’étage de sortie du Fender® 5E6

Ah ! Vous avez l’oeil aiguisé et vous avez vu que sur ce schéma de Basmman® 5E6, le tube déphaseur, la 12AX7 est montée en « cathodyne » (en rouge), on risque donc d’avoir un problème au niveau de l’isolement filament – cathode… Encore une fois, il est ici question d’un redressement de la haute tension par des tubes, la tension d’anode va donc apparaître de manière progressive, pas de risque !

Encore une fois, aucun intérêt d’ajouter un standby ici, il suffit de relire l’analyse du circuit précédent…

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Sur cet ampli « Bassman® » 6G6, on découvre une alimentation constituée d’une GZ34.

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Il faut noter une évolution, le condensateur « réservoir » (en rouge), constitué par deux condensateurs de 20µF 600V en parallèle (donc 40µF 600V) est placé avant le standby ! C’est un peu mieux, en effet lorsqu’on basculera le standby, cela évitera de « pomper » sur la GZ34, le condensateur réservoir étant déjà chargé.

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Ici on peut voir que l’alimentation est pratiquement la même, la GZ34 est remplacée par des redresseurs « secs » comme on disait dans l’temps ! Des diodes quoi… Encore une fois, rien de nouveau, on se demande pourquoi une telle insistance dans l’ajout d’un standby… Effectivement la haute tension va être disponible de manière quasi instantanée et va être appliquée aux anodes sur des tubes encore « froids », ça risque de « tirer » sur le transformateur d’alimentation et sur les diodes, on risque d’avoir un pic de courant, mais rien de dramatique avec des composants de bonne qualité !

Voilà donc une question intéressante, est-ce que Fender® utilisait des composants de mauvaise qualité ? Pourtant non, tout est très bon à cette époque, des condensateurs Sprague, Astron des lampes Sylvania, RCA ou Raytheon, des résistances Allen-Bradley…

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Fender® – Pro Amp 5C5 – 1953

Est-ce un mauvaise interprétation des connaissances et ouvrages de l’époque qui a poussé Léo Fender à ajouter des standby ? Il aurait pu mélanger les données, entre redresseur à gaz, tube d’émission, tube de réception… Il y a effectivement risque de mort prématurée pour des tubes complexes comme ceux d’émission si on vient appliquer une haute tension avant que ceux ci soient à bonne température… (parfois 24H de préchauffage!)

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Leo Fender – 1909-1991

Pour conclure, c’est certainement un problème dû à la tension de service des condensateurs de filtrage disponibles à l’époque qui fera adopter le standby sur le amplis Fender® et qui influencera, une génération de fabricant d’amplis et de musiciens. En effet avec la série des tubes redresseurs à chauffage direct de la cathode, la tension peut facilement dépasser les 450V avant que les autres tubes de puissance et de préamplification ne soient arrivés à température de fonctionnement. On aurait pu monter deux condensateurs de 32µF – 450V en série afin d’obtenir une valeur de 16µF – 900V. Est-ce un problème de place ? De prix ? De disponibilité des pièces ? Il faudrait pouvoir se procurer un catalogue des fournisseurs de l’époque ! L’enquête se poursuit !

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Condensateurs Astron “Minimite” équipant un ampli Fender® – 16µF / 450V

J’ai moi même eu du mal à croire qu’un standby était inutile au départ, mais plus mes recherches avancent et plus celles-ci confirment son utilité douteuse. Que ce soit au travers, d’ouvrages de référence rédigés par les meilleurs ingénieurs en électronique de chez RCA, Sylvania, Raytheon, des articles rédigés par des pointures du monde des tubes comme Lucien Chrétien et enfin par des discutions avec des personnes qui ont travaillé pendant un demi siècle dans le domaine radio-électrique.


  • références :
    RCA. Receiving tube manual. Radio Corporation of America. 1965
    M.Kelly. L’âge d’or de Fender: 1946-1970. Éditions Gründ. 2010
    F.Langford Smith. Radiotron designer handbook. Radio Corporation of America. 1941
    Collectif. An approach to audio frequency amplifier design. G.E.C Valve and electronics department
  • sources images :
    Fender® 5C5. http://www.makenmusic.com/
    Leo Fender. photographie de Robert Perine.

5 commentaires

  • Erwann

    je suis très intéressé mais il est vrai que mes connaissances en électronique sont insuffisantes pour tout à fait comprendre cet article.
    En tant qu’utilisateur cherchant simplement à comprendre un peu mieux l’outil qu’il utilise j’aimerai juste savoir si cet ajout d’un stand-by est “inutile” (hormis pour éviter de toucher à ses réglages de volume) sur tous les amplis à lampes (notamment de type JCM800, Soldano et High Gain récents) ?
    Une autre question:
    comment éteindre un ampli? combien de temps doit-on attendre le refroidissement des lampes avant de le déplacer? C’est encore un terrain où les us et coutumes des musiciens sont entourés de mythes plus que de connaissances fiables? Que se passe-t-il électroniquement lorsqu’on éteind un ampli à lampes?
    Je vous remercie de l’intérêt que vous pourriez porter à mon message

    • Retrotech

      Salut Erwann, pour faire simple:
      -le standby n’a aucun rôle pour préserver tes lampes. Il peut éventuellement permettre d’éviter de dépasser un certain niveau de “volts” à l’allumage, dans le cas où l’ampli a un design un peu bancale… (au niveau des condensateurs de filtrage).
      -Mais en gros, ce n’est rien de plus qu’un bouton de “mute” qui te permet de ne pas avoir à toucher à tes réglages.
      -Il est déconseillé de laisser l’ampli en standby pendant de longue périodes, comme de le laisser allumé tout court pour rien… C’est dommageable pour la durée de vie des lampes.
      -Aucun besoin de laisser ton ampli refroidir avec le standby, tu peux éteindre en baissant les deux interrupteurs (power & standby) en même temps !
      -Si tu veux vraiment utiliser le standby, à l’allumage, tu peux basculer ton “power”, attendre quelques secondes et basculer ton standby. Mais encore une fois, je le souligne, aucun intérêt pour la préservation de tes lampes !

      PS: en plus dans les JCM800, le standby est très mal placé dans le circuit…

      Bonne journée 🙂

  • François Georgy

    Merci beaucoup pour cette article très fouillé et si bien documenté.
    Vos articles sont passionants.

    Meilleures salutations de Suisse
    François (électronicien prof. et guitariste amateur)

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