lampe,  restauration

Leak Stereo 50, histoire d’un sauvetage

Lorsque que Camille est arrivé à l’atelier un après-midi d’octobre, je savais qu’il apportait avec lui la Roll’s des amplis hifi à tubes anglais : un Leak Stereo 50 accompagné d’un préampli Varislope de la même marque.

Le circuit avant intervention.

L’idée était donc simple : le remettre à flots

Après maintes réparations et autres interventions de toutes sortes l’ampli Leak n’était plus que l’ombre de lui-même et Camille ne l’utilisait plus. L’ampli chauffait tellement que « de la cire se mettait à couler sous l’ampli et il était impossible de toucher le transformateur d’alimentation tellement il était bouillant. »

Ce que j’aime faire lorsqu’un nouvel appareil arrive à l’atelier, c’est tout d’abord commencer par imprimer son schéma pour en prendre connaissance. J’établis ensuite une fiche qui permet de le suivre tout au long de son séjour. C’est un processus bien rodé qui me permet de pouvoir travailler sur le matériel par sessions sans jamais perdre le fil.

Lorsque j’ai ouvert ce Leak Stereo 50 j’ai tout de suite compris que le schéma d’origine ne me serait d’aucune utilité : le circuit ressemblait à un véritable champ de bataille.

L’alimentation cauchemardesque.

L’étage d’alimentation avait été complètement modifié pour accueillir un redressement à semi-conducteurs en lieu et place de la double diode 5AR4… avant de revenir de nouveau au redressement à lampe, en laissant tout en place. De nombreuses connexions et composants étranges avaient été ajoutés, comme une incroyable résistance de 100 Ω 20 W en céramique montée en force entre deux rails en acier galvanisé juste en dessous du transfo d’alimentation, le tout soudé à une poignée de condensateurs étéroclytes.

Il aura fallu une bonne demi-journée pour comprendre l’esprit enfiévré qui avait opéré dans cet ampli. Après un appel au propriétaire et un récit des différentes interventions digne des plus grandes sagas vikings, une solution semblait envisageable : tout vérifier, de A à Z.

La première étape dans ce genre de périple passe par la vérification des transformateurs d’alimentation et de sortie. J’ai donc démonté les trois transfos avant de passer chaque bobinage au mégohmmètre pour vérifier chaque isolation avant de les tester sous tension à vide et en charge pour vérifier si tout était ok. Bonne pioche : rien de louche, ce qui est vraiment clef.

Démontage du transfo d’alimentation.

J’ai ensuite fait le choix de tout reprendre à zéro et de changer tous les composants susceptibles de pouvoir causer un problème : condensateurs, résistances, interrupteurs… tout en gardant ceux toujours en bon état et possédant des valeurs correctes au regard du schéma d’origine.

Le plus gros souci était bien sûr cette chauffe invraisemblable

J’ai rapidement découvert que deux des quatre tubes de puissance n’étaient plus polarisés, un fil avait été coupé par accident lors d’une précédente intervention. Il a donc fallu trouver un substitut à la résistance principale de 100 Ω qui assure l’alimentation de l’ensemble du circuit sans détériorer l’esthétique externe du Leak. J’ai vidé la résistance d’origine pour y insérer une nouvelle de marque Ohmite scellée avec une colle réfractaire capable d’encaisser 1 600 °C sans broncher.

Le châssis tout nu.

La chauffe du transformateur d’alimentation venait en fait de deux problèmes : les tubes qui n’étaient plus polarisés correctement « tiraient » un courant à peine croyable sur le transformateur d’alimentation, ce qui avait dans le passé coûté la vie à plusieurs lampes redresseuses, venant par la même occasion faire chauffer la résistance de 20 watts pratiquement au rouge… Il est à noter que les anglais de chez Leak savaient choisir leurs fournisseurs de transformateur : malgrès la chauffe et après vérification, le transfo n’a subi aucun dommage majeur ce qui relève pratiquement du miracle.

L’étage d’entrée assuré par une ECC83 avait été particulièrement modifié. J’ai fait le choix de revenir à la configuration d’origine qui offre un gain très élevé mais qui nécessite des choix de composants et de câblages rationnels pour éviter toute ronflette et tout bruit parasite.

Reprise de l’étage d’entrée.

Certains faisceaux de câbles ont dû être refaits, par chance j’avais le même câble Belden en stock : pas de soucis d’anachronisme esthétique.

Tous les condensateurs ont été remplacés par leurs valeurs d’origine en terme de tension de service et de capacité. Il a également fallu remplacer les trois condensateurs principaux d’alimentation par des modèles neufs. Problème : en presque 50 ans les dimensions ne sont plus les mêmes à valeurs égales. J’ai songé à vider les anciens pour y cacher les neufs, mais l’opération est ensuite irréversible. La solution a été d’installer des Fisher & Tausche radiaux au diamètre correspondant que j’ai « déshabillés » avant de les peindre couleur or.

Pour ce qui est du préampli Varislope l’intervention a été rapide : changement des condensateurs de couplage d’étage et de quelques résistances qui avaient varié dans le temps.

Après le changement des composants, la phase de tests.

Après test en profondeur de toutes les lampes disponibles, ce sont les deux paires de KT66 Tube Amp Doctor qui rejoignent l’ampli ainsi que deux ECC83 / 12AX7 Mazda sous licence RCA en préampli et déphasage et une ECC83 Mullard pour le premier étage de préampli. Le Varislope conserve lui ses excellentes 6J32P (EF86) russes.

Après passage sur le banc d’essai, ce Leak Stereo 50 offre 23,5 Watts par canal à moins de 0,5 % de taux de distorsion sur une charge de 8 Ω. Après test sur différentes enceintes le son est ample, les basses profondes ainsi que les médiums particulièrement riches. Les aigus sont eux très scintillants, mais sont bien plus agréables sur une paire de larges-bandes comme des Supravox.

Le circuit après intervention.

Conclusion

Ce long article permet une conclusion logique pour qui aura eu la patience de le lire en entier : confiez toujours votre matériel à des techniciens qualifiés. Ce pauvre Leak aurait très bien pu y passer. Si le transfo d’alimentation avait lâché l’intervention aurait été bien plus complexe. Ne cherchez pas à le faire « réparer » mais faites plutôt régulièrement réviser votre matériel. Comme me le disait un collègue paléoélectronicien : « En fait le mec avant toi il avait juste mis un pansement sur une plaie ouverte. » Exactement.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *